| Mise à jour le Vendredi, 28 janvier 2011 10:08
Une Montréalaise a été poussée au suicide par les punaises de lits qui infestaient son HLM, conclut le coroner Jacques Ramsay dans un premier rapport du genre obtenu en exclusivité par Rue Frontenac. Incapable de tolérer les « vampires qui menaçaient de la dévorer vivante », la sexagénaire atteinte de troubles mentaux s’est jetée du 17e étage.
Dans la foulée d’un symposium de deux jours sur la problématique toujours plus présente des punaises, la nouvelle donne raison aux nombreux experts selon qui l’infestation est rendue catastrophique dans la métropole et qui affirment que les bestioles causent des problèmes de santé mentale.
Les punaises causent une rechute
Le 3 juin 2009, Louise Fafard, 62 ans, s’est tuée. Elle a sauté de son balcon et s’est écrasée sur le sol, plusieurs mètres plus bas. « J’en ai marre de ces vampires. Je suis en dépression depuis l’arrivée de ces bestioles. Je m’en vais vers un monde meilleur », a-t-elle expliqué dans une lettre d’adieu.
La femme souffrait de trouble bipolaire, de personnalité limite (borderline), d’alcoolisme et de problèmes de jeu depuis des années. Mais son état était contrôlé et elle maintenait un emploi stable. Puis, elle a découvert des punaises de lits dans son logement à loyer modique. Immédiatement, elle a sombré.
« Chez les personnes vulnérables qui souffrent de graves troubles mentaux, les punaises, comme une chicane ou une rupture amoureuse, peuvent être l’élément déclencheur d’une crise suicidaire ou d’une désorganisation », confirme le Dr Stephan Perron, expert en la question à la santé publique de Montréal.
Louise Fafard s’est mise à jouer des dizaines de milliers de dollars au casino et est rapidement retombée dans l’alcool. Le déclencheur de ce nouvel épisode : la découverte de punaises de lit dans son appartement, estime le coroner, catégorique. « Madame Fafard se tourmente au point de vouloir noyer son anxiété. Éventuellement, le sentiment de désespoir la rattrape et elle met fin à ses jours », écrit-il dans son rapport.
Une vraie phobie
Hantée par la présence des buveurs de sang dans son appartement, même après deux salves d’extermination, la femme de 62 ans aurait tenté de résilier son bail auprès de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) et de la Régie du logement. Selon Jacques Ramsay, les réponses obtenues ne furent pas encourageantes.
« On a 23 000 ménages en attente d’un logement, alors c’est un peu difficile de relocaliser nos locataires à cause des punaises », explique le porte-parole de Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) qui, avec la SHDM, gère les logements à loyer modiques de l’île. « On fait de la prévention et on extermine », dit-il.
Mais Louise Fafard n’a pas cru aux vertus de l’extermination. Dans la nuit du 3 juin, la sexagénaire a atteint le fond du baril après avoir découvert sur la manche de sa robe de chambre blanche une goutte de sang. Pour elle, c’était la preuve que les punaises étaient toujours actives. Elle a rédigé une lettre d’adieu, envoyé un courriel révélateur à un ami et a sauté.
Ses derniers écrits donnent froid dans le dos. « Je panique présentement (…) Je suis certaine que les vampires sont revenus et je n’en peux plus de vivre dans la peur de me faire dévorer vivante… c’est l’enfer de sentir ces démangeaisons sur son corps (…) Je n’en peux plus et j’ai choisi de m’enlever la vie… À l’heure que je t’écris, j’ai avalé un litre de vin et deux cents pilules et je ne sens rien, je me sens complètement à jeun, c’est chiant. »
Vers d’autres cas ?
Le coroner, qui n’émet aucune recommandation, n’est pas surpris. « L’Internet contient des tonnes de témoignages de gens ayant dû subir les inconvénients de cette infestation, leur causant perte de sommeil, anxiété considérable, pertes pécuniaires et désagréments multiples, écrit-il. Peut-on s’étonner donc qu’une personne à la santé mentale fragilisée décompense lorsque le problème perdure et ne donne aucune impression de vouloir s’en aller ? »
« Je reçois chaque semaine des clients en pleurs dans mon bureau. Et souvent des hommes », renchérit le spécialiste en gestion parasitaire et exterminateur, Harold Leavey.
Même son de cloche du côté du Dr Perron. « Les gens qui n’arrivent pas à s’en débarrasser se sentent impuissants. Ils deviennent anxieux au moment d’aller au lit, souffrent de troubles du sommeil et se coupent de leurs amis parce qu’ils ne veulent pas parler de leur problème », dit-il.
Les punaises de lit sont devenues un véritable fléau à Montréal. L’OMHM à elle seule est intervenu dans 1 863 de ses 20 000 logements en 2010, par rapport à 219 en 2006. De nombreux experts réclament d’ailleurs à grands cris la mise sur pied d’un registre qui permettrait de cartographier la progression de l’insecte dans les divers quartiers de la ville.
La Santé publique de Montréal planche pour sa part sur une étude sur l’impact de la punaise sur la santé mentale des Montréalais, histoire de le quantifier. Les résultats sont attendus d’ici les six prochains mois. |